Nous pourrions passer au travers, rebondir d’une griffe inconsciente sur leur blanche bienveillance.
Celles qui gardent les foyers de mots, puits de pensées, antres à histoires, ont l’aplomb de ces femmes qui enveloppent et réchauffent.
Les gardiennes ne protègent pas le livre de l’intrusion, elles autorisent un passage, promettent la libre circulation tel un sas où la pensée s’insinue et respire.
Les gardiennes perdent leur virginité à l’arrivée du lecteur dont elles s’imbibent en le lavant des mots qui stagnent, des bribes de conversations passées ou à venir, du sceau du temps qu’elles savent exhaler du plus profond d’elles-mêmes. Dans l’antichambre du lecteur, ces gardiennes s’offrent platement à lui, dressant les vivres de la pensée sur la tablée des possibles.
Ainsi elles s’effacent au profit de notes chaotiques, illisibles mais fertiles, ou encore contiennent dans leur silence, par delà la langue et dans les nuances de leurs robes blanches, leur recueillement simple sur ces couches aux invisibles humeurs, rumeurs diaphanes méticuleusement référencées, signant l’identité de son propriétaire.

Les gardiennes sont des pages de garde extraites de livres de ma bibliothèque.
Chaque page porte en bas à droite les initiales de l’auteur et du titre du livre en question.

La série, ouverte, comptabilise aujourd’hui 135 pages, dont voici quelques exemples :